Un troupeau de Chèvres vous manque et tout est dépeuplé…

Un troupeau de Chèvres vous manque et tout est dépeuplé

Nous avons achevé la « tournée » des concours de Reuilly le 23 février dernier. Michel, Bruno C, Dimitri et Dorian ont terminé 7e, avec 2 victoires et 2 défaites et Bruno R, Gilles, Monique et Christophe ont terminé 9e, également avec 2 victoires et 2 défaites. Puis nous avons affronté l’ERD à Meung-sur-Loire le 1er mars dans le cadre du championnat des AS, avec une victoire 24/16. La météo exécrable de l’après-midi nous a empêchés de jouer le match retour contre l’ABO. Rendez-vous était donc donné le samedi 14 mars pour l’attribution de la première place et du seul ticket pour le championnat régional des AS du 24 avril. Tout le monde était motivé et enthousiaste à l’idée de jouer cette « finale », tout de même avec la crainte que le Covid-19 s’en mêle. À croire que la pluie battante annonçait des lendemains qui déchanteraient.

Et cette crainte s’est confirmée avec la suspension, transformée ensuite en annulation, de toutes les compétitions.

Nous voilà dans notre sixième semaine de confinement. Les Chèvres se sont retrouvées brutalement séparées, mais toutes en bonne santé, proches compris, ce qui est l’essentiel. Dès la première semaine, des travaux domestiques en tous genres (décapage, démoussage, jardinage) ont démarré chez les Olivetains. Les deux chanceux propriétaires d’un terrain de boules lyonnaises dans leur jardin, Bruno C et Micka, se sont lancés des défis boulistes, relevés haut la main. Mais il n’en reste pas moins que vous me manquez, mes très chers amis.

Quoi de plus approprié pour relater notre situation que de reprendre le poème L’isolement, écrit par Lamartine (en gras), avec quelques ajouts (en italique) :

Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,

Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;

Je promène au hasard mes regards sur la plaine,

Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Mais ce tableau n’a aujourd’hui rien de changeant,

Sur le même rythme les journées s’égrenant

Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;

Ici c’est le peuple qui, parfois, gronde,

Parfois vierge de toute pensée bienveillante

Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;

Là le lac immobile étend ses eaux dormantes

Où l’étoile du soir se lève dans l’azur.

Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,

Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;

Et le char vaporeux de la reine des ombres

Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.

Radieux s’annonce-t-il notre horizon ?

Si dans les règles, le déconfinement nous appliquons

Cependant, s’élançant de la flèche gothique,

Un son religieux se répand dans les airs :

Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique

Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

Des balcons naissent des tonnerres d’applaudissement

Pour saluer médecins, aidants, infirmières

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente

N’éprouve devant eux ni charme ni transports ;

Je contemple la terre ainsi qu’une ombre errante

Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.

De colline en colline en vain portant ma vue,

Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,

Je parcours tous les points de l’immense étendue,

Et je dis :  » Nulle part le bonheur ne m’attend. « 

Nulle part ailleurs qu’en notre cher Donjon

Là où mes chères Chèvres se retrouveront

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,

Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?

Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,

Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !

Un troupeau de Chèvres vous manque et tout est dépeuplé

Que le tour du soleil ou commence ou s’achève,

D’un œil indifférent je le suis dans son cours ;

En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève,

Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours.

Si ce n’est celui qui nous verra déconfinés à notre tour

Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,

Mes yeux verraient partout le vide et les déserts :

Je ne désire rien de tout ce qu’il éclaire;

Je ne demande rien à l’immense univers.

Rien d’autre que de retrouver mes amis Verts

Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,

Lieux où le vrai soleil éclaire d’autres cieux,

Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,

Ce que j’ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !

Un troupeau joyeux enfin réuni sur les jeux

Là, je m’enivrerais à la source où j’aspire ;

Là, je retrouverais et l’espoir et l’amour,

Et ce bien idéal que toute âme désire,

Et qui n’a pas de nom au terrestre séjour !

Si ce n’est celui d’une amitié belle par ses atours

Que ne puis-je, porté sur le char de l’Aurore,

Vague objet de mes vœux, m’élancer jusqu’à toi !

Sur la terre d’exil pourquoi resté-je encore ?

Il n’est rien de commun entre la terre et moi.

Quand enfin viendra le jour des retrouvailles,

Grand et pur s’affichera notre émoi

Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,

Le vent du soir s’élève et l’arrache aux vallons ;

Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :

Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !

Vers des rencontres heureuses à la chaleur bénie

Que le confinement ne saurait avoir taries

Chèvres, je vous aime, alors prenez soin de vous !

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